Cinéphilie et politique - Extrait de Noël Burch
“La substance même d’un film, “fiction” ou “documentaire”, produit à l’intérieur de l’institution, et ce depuis que celle-ci existe, est idéologie (que je définis dans un sens non péjoratif: ensemble de représentations par lequel un groupe humain donné tente de comprendre le monde, sans préjugés du mode de constitution, plus ou moins spontané, de ces représentations).
Pareil affirmation vaut certes plus ou moins aussi pour toutes les autres “pratiques signifiantes” - comme nous disions naguère pour marquer notre méfiance à l’égard des concepts d‘“art” et de “création”. Mais le cinéma, par la pure logique matérielle et économique de sa production, est filtré à travers tout un ensemble fait d’organismes sociaux et d’individus, exerçant sur chaque film, potentiellement ou effectivement, un pouvoir certes plus diversifié mais infiniment plus lourd que celui qu’exerce par exemple, une maison d’édition sur le travail d’un écrivain. Ces organisme, ces individus sont tous par définition porteur d’idéologie, et leur influence va donc s’ajouter à celle de ces autres “voix” que chaque créateur porte en lui mais qui ne sont pas vraiment “siennes”.
De par sa place dans une chaîne de production qui multiplie les instances de médiation (toutes aux mains des couches dominantes, bien entendu), mais aussi de par son statut d’art populaire (quasiment à 100% jusqu’au début des années 50), le film est une création dont la substance même est un fond d’images et de pensées collectives issues de l’imaginaire social.”
De la Beauté des Latrines (2007) - Noël Burch







